Nous rencontrons actuellement une réelle épidémie d’hypothyroïdies et particulièrement d’hypothyroïdies mal diagnostiquées et mal soignées. Les personnes atteintes de cette maladie se sentent très souvent dépassées et ne se sentent plus acteurs de leur santé et de leur bien être.

En médecine fonctionnelle, on insiste sur la notion que tout est interconnecté et que l’ensemble du corps fonctionne en synergie. Il y a donc beaucoup de facteurs qui peuvent interférer avec le bon fonctionnement de la thyroïde et qui peuvent par conséquent engendrer une sécrétion insuffisante d’hormones T4 ou qui donnent lieu à des difficultés de conversion des hormones T4 en T3 actives.

Parmi ces facteurs, il y a le niveau de la digestion et de l’assimilation des nutriments essentiels, la gestion du stress, une bonne qualité de sommeil, un bon système digestif ou encore un bon transit. Si au niveau de ces systèmes se trouvent des dysfonctionnements et des déséquilibres, cela peut très facilement affecter la santé de la thyroïde.

Comment fonctionnent les hormones thyroïdiennes?

Les hormones sont des messagères cellulaires et nous avons beaucoup d’hormones différentes dans le corps, certaines circulent partout, d’autres vont travailler uniquement sur un tissu spécifique et parfois même travailler uniquement au niveau interne dans certaines cellules. La bonne production des hormones dépend des minéraux essentiels et du cholestérol disponibles qui doivent être en quantité suffisante. Les hormones travaillent en symphonie, elles ne sont pas séparées et s’influencent les unes les autres. Les hormones sont en permanence en changement, parce qu’elles répondent à nos environnements qui eux aussi sont en permanence en train de changer.

La glande thyroïdienne produit de manière prédominante des hormones appelées T4, ce qui représente entre 80% et 90% des hormones T4 totales disponibles dans le corps. La glande thyroïdienne ne produit que très peu d’hormones T3. Les hormones thyroïdiennes T4 sont inactives et pour avoir une bonne action thyroïdienne, doivent être converties en T3 actives qui doivent pouvoir agir correctement au niveau cellulaire. La source des hormones T3 actives provient donc de la conversion des hormones T4 en  T3 actives au niveau du foie, des reins et à l’intérieur des cellules.

La T3 Reverse, l’hormone à l’origine des symptômes persistants malgré les traitements ?

Qu’est ce que la T3 Reverse ?

Lorsque les hormones T4 sont converties en T3, elles peuvent l’être sous deux formes, la forme active : la T3 ou la forme inactive : la T3 Reverse. La T3 Reverse sert de réserve pour le corps en T3 dormantes, qui pourront être utilisées en cas de besoin. Le corps produit en permanence une combinaison d’hormones T3 actives et T3 Reverse, c’est un processus naturel et normal mais la quantité de ces deux hormones doit rester équilibrée l’une par rapport à l’autre pour ne pas poser de problème.

Pourquoi produire trop de T3 Reverse est problématique ?

Les cellules afin de capter les hormones en libre circulation dans le sang, utilisent ce que l’on appelle des récepteurs pour les « attraper » afin de les faire pénétrer à l’intérieur de celles-ci.

Ce sont les mêmes récepteurs qui sont utilisés pour attraper les T3 actives et les T3 Reverse. Les hormones T3 actives et les T3 Reverse entrent alors en compétition entre elles pour être captées par ces récepteurs et pénétrer les cellules. C’est donc lorsqu’il y a une augmentation du nombre de T3 Reverse qui devient en surnombre par rapport aux T3 actives que cela pose problème.

En trop grand nombre, les récepteurs vont alors attraper majoritairement la forme inactive de l’hormone T3, la T3 Reverse et ainsi les faire entrer en grand nombre dans les cellules au détriment des hormones T3 actives. Les hormones T3 actives, seront alors captées en plus petit nombre et seront donc présentes en plus petite quantité dans les cellules. La T3 Reverse correspond à la forme inactive donc sans effet sur la cellule, c’est uniquement la T3 active qui permet l’action thyroïdienne au niveau cellulaire. Donc si dans une cellule, le nombre de T3 Reverse domine le nombre d’hormones T3 actives, l’action cellulaire thyroïdienne ne va pas se produire de façon optimale et on va retrouver un état et des symptômes hypothyroïdiens chez les personnes qui souffrent de ce déséquilibre malgré une prise en charge médicamenteuse de leur maladie.

Au niveau des résultats des analyses sanguines, il n’y aura pas d’impact sur les résultats des T3 libres (Free T3) car c’est au niveau de la cellule que ce déséquilibre et la dégradation de l’action thyroïdienne se jouent. Les résultats peuvent donc paraître bons et ne pas en apparence nécessiter de changement de traitement alors que la personne va continuer de souffrir de symptômes de l’hypothyroïdie.

Il est donc important en cas de symptômes persistants d’hypothyroïdie et de bons résultats de T4 et de T3 libres dans les analyses, de faire contrôler le taux d’hormones T3 Reverse par analyse sanguine. Si ce taux est trop élevé, il faudra donc le faire baisser et en parallèle, toujours contrôler d’avoir une quantité suffisante d’hormones T3 actives libres disponibles pour permettre une action cellulaire thyroïdienne optimale et ne plus souffrir des symptômes de l’hypothyroïdie.

En cas de difficultés de conversion, un traitement à base uniquement de Lévothyroxine sodique n’est pas suffisant

Les traitements comme le Lévothyrox ou le Tcaps à base de Lévothyroxine sodique (T4) uniquement et sans ajout de Lyothyronine (T3 actives) dans leur composition risquent de poser problème et d’engendrer des symptômes handicapants pour les personnes qui ne convertissent pas correctement les T4 en T3 actives.

En cas de conversion insuffisante, associée à la prise de ces traitements alors le phénomène suivant va se produire: les hormones T4, faute de pouvoir être converties en T3 actives, vont devenir de plus en plus nombreuses dans le sang et pour gérer cet excès le corps va alors devoir les convertir en T3 Reverse pour permettre de stocker ce surplus. Ces T3 Reverse vont ensuite entrer en compétition avec le peu de T3 actives qui ont pu être converties pour prendre place en surnombre au niveau cellulaire.

Ainsi, si les personnes présentant des difficultés de conversion, ne remplacent pas leur traitement à base uniquement de Lévothyroxine pour un traitement à base de Lévothyroxine couplé à de la Lyothyronine (T3 actives), elles risquent fortement de continuer de souffrir de symptômes d’hypothyroïdie.

De plus, souvent ces difficultés de conversion sont souvent mal détectées, et la réponse thérapeutique pour pallier aux symptômes persistants est souvent d’augmenter davantage les dosages  des traitements à base de Lévothyroxine et ainsi de faire perdurer le cercle vicieux qui se joue et qui va donc aggraver l’état d’hypothyroïdie.

Quels sont les facteurs qui font augmenter la conversion de la T4 en T3 Reverse?

#1. Le stress 

En période de stress, le corps va convertir plus qu’à la normale des T3 Reverse, par conséquent moins de T3 actives seront disponibles.

#2. Une carence en sélénium

Pour être produite, la T3 active a besoin de sélénium contrairement à la T3 Reverse qui elle peut se produire sans. Si  nous avons une carence en sélénium, ce qui est très fréquent chez beaucoup de personnes, le corps va avoir tendance à convertir beaucoup plus de T3 Reverse à partir de la T4.

#3. Les inflammations

Les inflammations vont réduire fortement la conversion des T4 en T3 actives. Si nous avons une expérience d’inflammations de bas grade chronique, nous allons sécréter beaucoup de cytokines (molécules pro-inflammatoires) et cette inflammation générée va dégrader la conversion des T4 en T3 actives mais ce au niveau cellulaire uniquement. Ainsi pour les personnes qui présentent une inflammation chronique, leur taux analysé de T3 libres peut être bon, leur TSH diminuée mais au niveau intracellulaire, la conversion des T4 en T3 actives ne se fait plus correctement et donc ces personnes vont continuer de souffrir de symptômes hypothyroïdiens.

#4. Les carences nutritionnelles

La bonne conversion des T4 en T3 actives dépend directement de la quantité disponible dans le corps des nutriments essentiels comme le zinc, le fer, la vitamine A, le sélénium qui vont être utilisés comme matière première pour permettre la conversion. Si le corps n’a pas assez de réserve de ces nutriments, la conversion ne pourra pas se faire de manière optimale.

Quelles sont les actions à mettre en place pour limiter la conversion des T4 en T3 Reverse ?

#1. Vérifier si votre traitement vous convient et répond à votre problématique

Déterminer votre type d’hypothyroïdie.

Si vous manquez d’une production suffisante de T4 au niveau de la thyroïde mais vous ne présentez pas de problème de conversion, dans ce cas, un traitement à base de Levothyroxine sodique (T4) uniquement sera adapté.

Ou si vous produisez suffisamment de T4 mais vous avez de la difficulté à la convertir en T3 actives et dans ce cas un traitement à base de Levothyoxine couplé à de la Lyothyronine ou un traitement à base de  Lyothyronine uniquement sera nécessaire.

Il se peut aussi que vous présentiez un mélange des deux profils. Réaliser une analyse des hormones T4 et T3 par prise des urines des 24h est un excellent moyen pour déterminer votre profil hypothyroïdien et connaitre les taux de T4 et T3 métabolisés par votre corps et vous permettre ainsi d’adapter votre traitement en fonction.

#2. Faire analyser votre taux de T3 Reverse

A faire réaliser au moins une fois par an pour déterminer si un déséquilibre est présent entre le nombre de T3 actives et le nombre de T3 Reverse disponibles dans le sang. Cette analyse, non remboursée par la sécurité sociale, peut se faire dans un laboratoire de biologie fonctionnelle par simple prise de sang. (Laboratoire Barbier ; Laboratoire Synlab ; Laboratoire LIMS)

#3. Vérifier d’éventuelles carences nutritionnelles

Faites tester vos taux de sélénium, zinc, fer, vitamine A et iode au moins une fois par an également. Certaines de ces analyses, prescrites par un médecin sont prises en charge par la sécurité sociale et de nombreuses mutuelles. Adopter une alimentation fonctionnelle variée est un bon moyen pour limiter le risque de carence nutritionnelle. Qu’est ce que la nutrition fonctionnelle ?

#4. Comprendre et agir sur le stress 

Comprendre d’où vient votre stress est un élément important car le stress  impacte directement la conversion des T4 en T3 actives. Déterminez si votre stress est un stress mental/émotionnel ou un stress physiologique/biochimique qui donc implique des inflammations ou un mélange des deux ce qui est très souvent le cas.

#5. Analyser votre état inflammatoire

Faites tester votre CRP (C-Reactive Protein) par simple prise de sang, examen remboursé par la sécurité sociale et vos taux de cortisol (hormone du stress), à faire sous forme d’analyse salivaire pour obtenir un résultat fiable et ce en 4 prises salivaires sur une journée. Cet examen est quant à lui non remboursé par la sécurité sociale et à faire dans un laboratoire de biologie fonctionnelle. Ces deux résultats vont vous donner des informations sur votre état inflammatoire et de stress et vous permettre de découvrir les dynamiques qui se jouent.

#6. Faites vous suivre par un médecin qui soit votre allié

Si votre médecin se montre réticent à vos demandes et ne comprend pas l’intérêt de réaliser d’autres test que la TSH pour suivre l’évolution de votre hypothyroïdie, ni le besoin d’adapter votre traitement, je vous conseille de trouver un médecin plus au courant des avancées de prise en charge globale de l’hypothyroïdie. Idéalement trouver un médecin formé à la médecine fonctionnelle, ces médecins sont de plus en plus nombreux en France.

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